DES GUERRES MEDIQUES AUX DIADOQUES

 

4ème partie par Jean-Pierre BROECKAERT

 

 

LES TROIS CENTS

 

III

 

LA GARDE

 

 

Ninive, Sybaris, Chypre et les cinq Sodomes

Ayant fourni beaucoup de ces soldats, la loi

Ne les admettait point dans la garde du roi.

L'armée est une foule ; elle chante, elle hue ;

Mais la garde, jamais mêlée à la cohue,

Muette, comme on est muet près des autels,

Marchait seule. Et d'abord venaient les Immortels,

Semblables aux lions secouant leurs crinières ;

Rien n'était comparable au frisson des bannières

Ouvrant et refermant leurs plis pleins de dragons ;

Tout le sérail du roi suivait dans les fourgons ;

Puis marchaient, plus pressés que l'herbe des collines,

Les eunuques, armés de longues javelines ;

Puis les bourreaux, masqués, traînant les appareils

De torture et d'angoisse, à des griffes pareils,

Et la cuve où l'on fait bouillir l'huile et le nitre.

Le perse a la tiare et le mède a la mitre ;

Les Dix mille, persans, mèdes, tous couronnés,

s'avançaient fiers, ainsi que des frères aînés,

Et ses soldats mitrés étaient sous la conduite

D'Alphès, qui savait tous les chemins, hors la fuite ;

Et devant eux couraient, libres et sans liens,

Ces grands chevaux sacrés qu'on nomme nyséens ;

Puis, commandés chacun par un roi satellite,

Venaient trente escadrons de cavaliers d'élite,

Tous la pique baissée à cause du roi, tous

Vêtus d'or sous des peaux de zèbres ou de loups ;

Ces hommes étaient beaux comme l'aube sereine ;

Puis des prêtres portaient le pétrin où la reine

Faisait cuire le pain, sans orge et sans levain ;

Huit chevaux blancs tiraient le chariot divin

De Jupiter, devant lequel le clairon sonne

Et dont le cocher marche à pied vu que personne

N'a le droit de monter au char de Jupiter.

Les constellations qu'au fond du sombre éther

On entrevoit ainsi qu'en un bois les dryades,

Tous ces profonds flambeaux du ciel, ces myriades

De clartés, Arcturus, Céphée et l'alcyon

De la mer étoilée et noire, Procyon,

Pollux qui vient vers nous, Castor qui s'en éloigne,

Cet amas de soleils qui pour les dieux témoigne,

N'a plus de splendeur et de fourmillement

Que cette armée en marche autour du roi dormant,

 

Car le roi sommeillait sur son char formidable.

 


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