DES GUERRES MEDIQUES AUX DIADOQUES
4ème partie par Jean-Pierre BROECKAERT
LES TROIS CENTS
IV
LE ROI
[...] Quand l'armée de eut passé le fleuve Halys, on vint
En Phrygie, et l'on vit les sources du Méandre ;
C'est là qu'Apollon prit la peine de suspendre
Dans Célène, à trois clous, au poteau du marché,
La peau de Marsyas, le satyre écorché.
On gagna Colossos, chère à Minerve Aptère,
Où le fleuve Lycus se cache sous la terre,
Puis Cydre où fut Crésus, le maître universel,
Puis Anane, et l'étand d'où l'on tire le sel ;
Puis on vit Canos, mont plus affreux que l'Erèbe,
Mais sans en approcher ; et l'on prit Callathèbe
Où des chiens de Diane on entend les abois,
Ville où l'homme est pareil à l'abeille des bois
Et fait du miel avec la fleur de bruyère.
Le jour d'après, on vint à Sardes, ville altière,
D'où l'on fit dire aux grecs d'attendre avec effroi
Et de tout tenir prêt pour le souper du roi.
Puis on coupa l'Athos que la foudre fréquente ;
Et, des eaux de Sanos jusqu'à la mer d'Acanthe,
On fit un long canal évasé par le haut.
Enfin, sur une plage où souffle ce vent chaud
Qui vient d'Afrique, terre ignorée et maudite,
On fit près d'Abydos, entre Seste et Médyte,
Un vaste pont porté par de puissants donjons,
Et Tyr fournit la corde et l'Egypte les joncs.
Ce pont pouvait donner passage à des armées.
Mais une nuit, ainsi que montent des fumées,
Un nuage farouche arriva, d'où sortit
Le semoun, près duquel l'ouragan est petit ;
Ce vent sur les travaux poussa les flots humides,
Rompit arches, piliers, tabliers, pyramides,
Et heurtant l'Hellespont contre le Pont-Euxin,
Fauve, il détruisit tout, comme on chasse un essaim ;
Et la mer fut fatale, alors le roi sublime
Cria : - Tu n'es qu'un gouffre, et je t'insulte, abîme !
Mois je suis le sommet. Lâche mer souviens-t'en. -
Et donna trois cent coups de fouet à l'Océan.
Et chacun de ces coups de fouet toucha Neptune.
Alors ce Dieu, qu'adore et que sert la fortune,
Mouvante comme lui, créa Léonidas,
Et de ces trois cent coups il fit trois cent soldats,
Gardiens des monts, gardiens des lois, gardiens des villes,
Et Xercès les trouva debout aux Thermopyles.