Les Marianes en 1944 (16-20 juin).

 

Cette période de la Guerre du Pacifique, correspond au second Midway que vécurent les japonais, lorsqu’ils tentèrent de détruire les forces américaines alors occupées à débarquer sur l’île de Saïpan.

 

Le carnage fut tel qu’il fut baptisé " tir aux dindons des Marianes " par les aviateurs et les marins américains, lorsqu’ils détruisirent la totalité de l’aéronavale Nippone, si péniblement reconstituée. Ne parlons pas non plus de l’hécatombe de leurs navires.

La question est : pouvait-il en être autrement ? Le Japon avait-il une chance ?

 

Cet article est consacré à un jeu de simulation : " CARRIERS AT WAR ", édité par SSI, et qui propose plusieurs scénarios de batailles navales.

 

En quelques mots, on peut dire que ce jeu est extrêmement détaillé quand aux avions et aux navires utilisés, et globalement, très réaliste (degré de compétence des pilotes, équipement des navires, capacité de récupération des aérodromes, etc...). La météo n’est pas oubliée : fluctuations au cours du temps, déplacement des masses nuageuses tout au long du scénario...

En bref, à quelques nuances près, ce jeu équivaut à AMIRAUTE du point de vue réalisme et détail. C’est donc un excellent jeu, malgré quelques défauts dont il sera fait cas ultérieurement.

Le scénario " Marianes 1944 " était le défi, le challenge à relever. Les japonais pouvaient-ils battre les américains à cette période précise du conflit ?

 

Voici quelques données du moment.

Coté U.S.A., les forces se divisaient en deux grands groupes : celles de débarquement, et celles de protection.

 

Les forces de débarquement (TURNER) :

- deux task group de navires de débarquement (à bord, les divisions destinées aux combats terrestres), support logistique. En tout, une cinquantaine de navires peu armés, exception faite d’une dizaine de destroyers d’escorte.

- deux task group de porte avions d’escorte (7 au total) escortés chacun par 5 destroyers d’escorte et un croiseur léger. Il est à noter que les avions embarqués ne sont pas prévus pour des actions anti navires de surface, et pour deux raisons : ce sont les avions d’appui des troupes au sol. D’autre part, il n’y a pas de torpilles embarquées à bord, et les bombardiers sont de type horizontaux. Dernier point : la vitesse maximum de ces vaisseaux ne peut pas dépasser 16 noeuds.

- un task group de protection et de bombardement, composé de 7 cuirassés anciens (tous refondus, dont quelques victimes de Pearl Harbour renflouées ), quatre croiseurs et une dizaine de destroyers. Cette force est prévue pour le bombardement au sol des unités ennemies et la protection des quatre task group pré-cités. Les faiblesses de cette armada sont sa lenteur (20 noeuds au plus) et sa portée de tir est nettement inférieure à celle des cuirassés Japonais.

 

Les forces de protection (MITSCHER):

- quatre task group de porte avions rapides, soit 16 porte avions au total, 16 croiseurs, 53 destroyers. Ces vaisseaux sont les plus rapides, les mieux équipés, dotés des meilleurs avions embarqués (dont des " Hellcat "). Les équipages sont les plus entraînés.

- un task group de cuirassés rapides, soit 7 grosses unités, 4 croiseurs lourds, 14 destroyers. L’artillerie mise en oeuvre ici est capable d’affronter toute force cuirassée Japonaise avec de grandes chances de vaincre.

 

A noter la présence d’une douzaine de sous marins de surveillance et d’éclairage. L’aviation embarquée compte environ 800 appareils, dont plus de 500 Hellcat. Il est important de préciser que leur autonomie est inférieure à celle des avions nippons.

Les navires sont quasiment tous dotés de bons radars, d’une portée moyenne de 100 km en surveillance aérienne.

 

Coté Nippon, les forces se divisaient en quatre groupes :

 

- les forces aériennes terrestres qui mettent en ligne environ 540 avions, basés sur le pourtour de la Mer des Philippines (Okinawa, Formose, Iwo Jima, Davao, Palau, Koror, Saïpan, Guam, Tinian, Truk, Ulithi...)

- un task group de grands porte avions rapides (SHOKAKU, ZUIKAKU et TAIHO, avec 3 croiseurs et 7 destroyers (commandement OZAWA).

- un task group de 3 PAL, 1 Cu (NAGATO), 8 DD (commandement JOSHIMA).

- un task group de 3 porte avions d’escorte, 4 cuirassés (dont les YAMATO et MUSASHI), 9 croiseurs (dont 8 lourds) et 7 destroyers (commandement KURITA).

En tout, il y a environ 500 avions embarqués, dont 1/3 de chasseurs.

La dotation en radars ne concerne que les grosses unités, et la détection inférieure à 60 kilomètres. Quand aux sous marins, leur action a été négligeable.

Telles sont les forces en présence.

 

Il va de soit que les américains surclassent les japonais, quelque soit le domaine d’application. La grande force des U.S.A. réside dans son aéronavale, aussi bien par la qualité des matériels employés que par la valeur combative des pilotes. Quand à un combat naval de surface, bien que les YAMATO et MUSASHI soient les plus puissants navires, ils ne pouvaient pas venir à bout des 7 cuirassés rapides américains, en admettant qu’ils aient été auparavant épargnés par les avions. Rien que ça...

 

La réalité ?

 

Le plan japonais prévoyait la prise en sandwich des flottes américaines entre l’aviation basée à terre et celle embarquée. Il faut préciser que l’objectif visait à détruire la force de MITSCHER en priorité ! Plan simple qui échoua lamentablement, car les Américains détruisirent d’abord l’aviation terrestres basée aux Marianes, puis celle embarquée qui arriva ensuite, se payant le luxe de couler 3 porte avions et d’endommager d’autres navires.

 

Avec le retrait des forces navales, les trois îles, Guam, Tinian, et Saïpan tombèrent aux mains des américains, non sans qu’il fallu livrer de longs et sanglants combats terrestres pendant des jours et des jours. Mais au bout du compte, les U.S.A. allaient disposer des bases pour leurs bombardiers stratégiques B-29, qui mirent en miettes les villes du Japon (industries incluses) par la suite.

 

Les nippons, eux, perdaient irrémédiablement leurs équipages de l’aéronavale, ainsi que la possibilité de disputer la suprématie des océans.

 

Avaient-ils une chance ?

 

Lorsque j’ai pris mes forces nippones en main, je me demandais bien quoi faire, sinon servir de tête à claque aux américains. D’autant plus que lorsque débute de scénario, il faut attendre 30 heures avant de voir enfin sa marine arriver à l’opposé des forces américaines.

Pour tuer le temps, il ne me restait qu’à lancer mon aviation terrestre sur les forces de débarquement qui commençaient à investir Saïpan. Et là, bonjour les pertes ! Chasse, D.C.A., ... Difficile de rester zen quand on commande une bande de pilotes aussi maladroits!

Bilan : résultats négligeables, pertes suffocantes pour moi.

Puis l’aviation américaine entre en jeu et commence à massacrer mes pistes sur Guam, Tinian, et Saïpan, puis Iwo Jima, plus au nord... Ils sont partout ! Impossible de tenir. A chaque fois, j’oppose quelques chasseurs à des vagues successives de 100 appareils minimum. Et à la fin de la journée, il ne reste pas grand chose, ni avions, ni aérodromes. Vivement l’arrivée de la flotte de surface, mais franchement, je ne vois pas à quoi elle pourrait servir... Ce sera un triste "remake" de la réalité.

Lorsque ma marine arriva, j’eus alors une idée...

J’avais trois task group à ma disposition, et d’après les rapports de mes reconnaissances aériennes, les américains étaient répartis en trois groupes : une force d’attaque au nord, une force de couverture au centre de la mer des Philippines, et le reste au voisinage de Saïpan, auprès des transports de troupes.

Mon idéal était de réussir à placer mes gros cuirassés à portée de tir d’une task force ennemie. Et les croiseurs nippons ! Une vraie merveille : capables de recharger et de tirer aux torpilles trois fois (les fameuses To de 610 mm) ! Mais comment faire face à l’écrasante supériorité aérienne ennemie ?

 

Un appât... Oui, c’est mon unique chance...

 

Je ne vais pas donner le détail de ce qui s’est passé ensuite. Voici la recette. Et elle marche ! J’ai refait ce scénario à plus de dix reprises, et le résultat fut à chaque fois une éclatante victoire nippone.

 

Tout d’abord, avant que les navires nippons n’arrivent, il faut :

 

- regrouper toute l’aviation sur les bases de Ulithi, Palau et Koror (secteur des îles Carolines occidentales).

- tous les chasseurs seront en surveillance permanente.

- les hydravions de reconnaissance doivent conserver leur affectation de départ.

- le transfert des unités aériennes doit se faire dès que possible, pendant la nuit.

 

Ce remaniement nécessitera une bonne douzaine d’heures. Même si les pistes des aérodromes désaffectés se font plus ou moins gravement endommager, c’est sans importance. Ils ont une capacité de récupération qui pourra les faire passer du statut " CRITICAL DAMAGE " à " SLIGHT DAMAGE " en une nuit de réparations. Autrement dit, ils seront opérationnels avec seulement quelques retards dans les réapprovisionnements d’avions, et quelques risques de crash pour ceux-ci (taux d’attrition faible).

Il est important de préciser qu’aucune mission d’attaque ne peut être menée de nuit. Il est possible de faire décoller ses avions de nuit pour une attaque de jour, mais pas l’inverse.

Il est également possible d’armer et de faire le plein de ses avions sans pour autant s’en servir (mais bonjour les dégâts s’il y a une attaque ennemie !)

Il est à noter que les américains ne cherchaient pas à détruire irrémédiablement les installations des aérodromes de Guam, Tinian et Saïpan car bien évidemment, ils comptaient les utiliser.

 

Jusqu’à l’arrivée de la flotte de surface, il n’y a rien à faire, exception faite d’une attaque éventuelle sur la flotte de protection américaine, si celle-ci se rapproche un peu trop des bases d’Ulithi, de Palau et de Koror.

Si cette éventualité se produit, il est impératif de n’attaquer que la flotte de cuirassés rapides, avec tous les avions disponibles. L’effet obtenu sera le maintient à distance de la flotte américaine (les meilleures unités aéronavales U.S.A. sont engagées plus au nord, sur Iwo Jima).

Toute attaque contre les PA est suicidaire !

De toute manière, les pilotes Japs de l’époque sont tellement nuls que sur l’ensemble de l’aviation envoyée, il y a toujours une bonne dizaine de cinglés qui le feront quand même, soit parce qu’il y a une flotte de PA pas loin de l’itinéraire préconisé, soit par erreur d’identification des navires (PA confondus avec cuirassés) !

Pendant cette journée, l’aviation embarquée américaine pilonnera sans relâche les aérodromes nippons les plus proches.

 

Enfin, 30 heures après le début du scénario de campagne, la marine nippone entre en scène, au niveau des Philippines. Les ricains sont à l’opposé de la carte. A ce stade, il faut :

 

- scinder la flotte en trois groupes.

- que les PA transfèrent toute l’aviation embarquée appartenant aux bombardiers torpilleurs, et bombardiers en piqué. Seule, la chasse est conservée à bord, et mise en surveillance active.

- les avions transférés doivent aller également sur Ulithi, Palau et sur Koror. S’il n’y a pas assez de place, le reliquat ira sur Davao.

 

Attention, tout le temps du transfert des avions, les PA sont immobilisés, donc il vaut mieux le faire hors d’atteinte de l’aéronavale américaine.

 

Voici la partie le plus ardue, celle qui demande le plus de doigté si l’on ne veut pas d’un massacre.

La flotte JOSHIMA servira de premier appât. Comme elle est plus lente, elle devra se tenir entre cent et cent cinquante milles de la flotte d’OZAWA (la seconde flotte "appât"), et

effectuera en gros, un trajet en arc de cercle en direction d’Iwo Jima (au nord des Marianes).

La flotte d’OZAWA, elle, prendra un risque plus important, puisqu’elle s’aventurera au beau milieu de la mer des Philippines, pour aller titiller l’ennemi et lui faire savoir qu’elle est là...

Mais la plus importante mission est celle de la flotte de KURITA, puisqu’il s’agit d’atteindre l’île de Saïpan pour y détruire les transports américains !

Pour ce faire, elle effectuera un large crochet par le sud, passera au sud des Carolines (en bordure) puis remontera plein nord sur Saïpan. Il faut faire coïncider l’attaque de cette flotte contre les plages de débarquement avec la tombée de la nuit, après un trajet de à vitesse quasi maximum (25 noeuds).

En principe, cette force ne se fera pas repérer, ou alors trop tard.

Et c’est l’hallali ! Sus aux transports ! Et à tout ce qui bouge ! Quel plaisir que de canonner des PA avec de l’artillerie de gros calibre !

Mais avant... Je ne vous cache pas que l’on vit un des meilleurs suspenses qui soit !

 

Le suspense l’est aussi pour la flotte d’OZAWA ! Pendant deux jours, il devra s’efforcer d’attirer à lui les porte avions rapides américains, se dérober dès qu’il sera repéré, et y retourner pour maintenir la pression...

Ce qu’il se produit, c’est que la totalité des task group américains appartenant aux forces de protection, mordent à l’hameçon, et se jettent sur OZAWA et JOSHIMA. Ce faisant, elles s’éloignent de Saïpan d’une manière considérable, laissant les 2 task group de PA d’escorte, le task group de vieux CU, et les deux task group de transports et ravitailleurs US.

Si la force de KURITA est battue d’avance par la task force de MITSCHER, elle est en revanche capable de détruire celle de TURNER. Et c’est ce qui se produit, quand KURITA débouche sur les task group de TURNER. Il a en outre une nuit devant lui, pour effectuer ce carnage...

Là intervient l’aviation nippone qui aura été préservée.

Comme OZAWA attire à lui les PA de MITSCHER, du coup, la pression sur les aérodromes de Guam, Tinian et Saïpan se relâche. L’aviation des PA d’escorte de TURNER ne suffit plus à maintenir la pression sur 5 pistes en même temps, aussi, le Japon peut transférer son aviation (chasse comprise) à proximité des navires américains, et ce, la nuit où KURITA commence à passer au hachoir les transports US (toujours repérés puisqu’ils sont placés sur les plages de débarquement !)

Ce qui fait que, lorsque l’aube se lève, toute l’aviation japonaise peut être jetée sur les PA d’escorte, ou les transports qui auront réussi à filer, à longueur de journée.

 

Bien entendu, les PA de MITSCHER fileront vers KURITA dès qu’il aura été repéré, mais il sera alors trop tard.

Il se produira un affrontement entre la flotte de KURITA et le task group de CU anciens. En principe, les CU anciens périssent, mais aussi les YAMATO et MUSASHI. Important, il ne faut pas que les DD américains puissent tirer leurs torpilles sur les CU et croiseurs Japonais. Aussi faut-il positionner ces derniers en 2 ème ligne. Les torpilles de DD Japonais doivent filer sur les CU et croiseurs Ricains, tandis que les torpilles des croiseurs japs seront consacrées aux DD adverses. Les DD ricains ne pourront riposter que contre les DD Japs dans ce cas de figure.

 

Lorsque le jour se lèvera (dernier jour du scénario), la flotte de KURITA pourra se retirer vers le sud, mais ce ne sera pas facile, car elle sera prise à partie par l’aviation adverse. D’un point de vue pratique, l’aviation des PA d’escorte n’enregistrera pas de résultats significatifs, car elle aura fort à faire avec la chasse restée à bord des PA Japs.

Et puis TURNER aura également maille à partir avec l’aviation terrestre nippone...

Le gros danger pour les forces de KURITA viendra des flottiles de l’aviation de MITSHER qui finiront par le coincer dès le début de l’après midi. Mais les avions Ricains étant en bout de course, ils ne pourront pas faire de gros dégâts (les trois PA d’escorte Japs seront coulés, on ne peut pas y échapper...).

 

Bilan : les Japonais perdront 70 % de leur chasse embarquée, mais garderont les PA des flottes d’OZAWA et de JOSHIMA (certains légèrement endommagés) et 60 % de leurs équipages d’avions torpilleurs et BB en piqué embarqués. La perte des PA du groupe de KURITA n’est pas très grave, car ce sont des unités navales anciennes, aux performances médiocres.

La flotte de KURITA se résumera à seulement 5 croiseurs et 3 destroyers (DD) préservés, et plus ou moins avariés (donc perte de 1 à 3 PA, 3 à 4 CU, 3 à 4 croiseurs lourds, 1 croiseur léger, 4 à 5 DD).

L’aviation terrestre perdra à peu près 60 % de ses effectifs.

Mais alors pour les Américains... Quelle boucherie !

La task force de TURNER aura été virtuellement éliminée, quand à celle de MITSCHER, elle aura perdu plus de 50 % de son aviation d’élite, car, à vouloir attaquer les flottes d’OZAWA ou de JOSHIMA, les missions auront été effectuées en limite de portée, avec des retours de mission possibles de nuit, ce qui ne pardonne pas ... Et puis il y aura eu la DCA, la chasse...

Il va de soit que le débarquement sur Saïpan se soldera par le rejet à la mer des unités US engagées à terre, faute d’un soutien adéquat, faute de ravitaillement et faute de renforts.

Pratiquement, les pertes navales US se traduisent par 7 CU, 2 croiseurs, 28 DD, 4 PA d’escorte (+3 gravement endommagés), et surtout plus de 30 transports et ravitailleurs. Il ne restera pas non plus d’aviation disponible pour TURNER, ce qui donne 70 à 80 navires coulés!

Et je ne parle pas des éclopés divers (autres transports, DD etc...) qui n’auront eu leur salut que dans la fuite.

 

Défauts.

J’en ai relevé quatre, d’ordre tactique.

La première concerne les PA d’escorte Ricains. Lorsque Kurita se jette enfin sur la task force de TURNER, les task group se dispersent sans rechercher systématiquement la proximité des forces de MITSCHER. Mais dans tous les cas, le cours de choses ne pourrait pas être modifié, à savoir la défaite américaine inévitable.

La seconde concerne les armements. L’avantage écrasant des cuirassés YAMATO et MUSASHI face aux vieux CU ricains, n’est pas marqué, et c’est très regrettable, car ils encaissent mal, et l’avantage de la portée de leur artillerie principale est inutile.

D’autre part, j’ai eu la mauvaise surprise, une fois, de coincer une flotte de transports directement au corps à corps. Bien que les transports y soient tous passés, j’étais assez vert de voir que l’artillerie dérisoire des navires "marchands" avait réduit à moitié de leurs capacités mes formidables YAMATO et MUSASHI.

Ces deux cuirassés auraient dû s’en sortir. Pas indemnes, mais en réchapper.

Autre défaut : on ne peut pas cibler une variété de navires en particulier. Ainsi, quand j’ai surpris la flotte de transports au corps à corps, je n’ai pas pu éliminer d’abord les DD ennemis avant de m’attaquer au reste ensuite. Résultat : j’ai eu des dégâts par torpilles qui n’auraient jamais du se produire.

La dernière concerne le comportement des PA de MITSCHER. Je me demande pourquoi ils n’ont pas attaqué les bases Japs de Ulithi et de Koror. Mais il est vrai que cela ne changera pas le sort de la flotte de TURNER. En effet, ce sont surtout les navires de KURITA qui feront la plus grosse casse.

 

Conclusion.

 

La question qui vient à l’esprit est : cette victoire est-elle valable ?

 

Pour ma part, c’est un "oui" sans hésiter. En fait, je me suis inspiré de la bataille de Leyte, qui eut lieu quelques mois plus tard. OZAWA servit d’appât, et pendant que HALSEY, avec toutes ses unités rapides, se jetait sur lui, KURITA faisait irruption au milieu des "taffy" de TURNER. Mais il échoua près du but, car ses moyens étaient moindres, et il avait subit moult assauts de la part de ses ennemis tout au long de son approche. De plus, il se battit de jour, sous effet de l’aviation ennemie.

En appliquant cette idée à la bataille des Marianes, le succès du Japon est d’autant plus éclatant que ses moyens sont plus importants, et que surtout, l’approche se fait sans repérage par les sous marins US (je m’en suis rendu compte après coup). S’il y a repérage, il intervient de toute manière trop tard.

Par cette victoire, le Japon conserve son rempart des Marianes contre les américains, et par conséquent, le maintient de ses sources d’approvisionnement en provenance du sud. En outre, son potentiel industriel ne peut plus être menacé par les bombardiers stratégiques.

Cette victoire consacre la renaissance de l’aéronavale nippone. Les meilleurs porte avions sont préservés, et surtout, leurs flottilles. Il va de soit qu’avant que les U.S.A. soient en mesure de lancer une autre offensive, l’aéronavale japonaise aura retrouvé un bon niveau de maîtrise et s’avérera réellement dangereuse.

 

Dans tous les cas de figure, cette victoire Nippone n’aurait pas changé l’issue fatale du conflit, car l’économie du Japon était mourante, par la faute des sous-marins US, si mal combattus. Il aurait fallu des modifications profondes et radicales dans les modes d’utilisation des navires marchands et des destroyers, et les japonais en étaient par trop incapables, car trop inflexibles dans certaines de leurs doctrines étriquées.

 

Un autre exemple : le sauvetage des pilotes nippons descendus en mer était inexistant, alors que le Japon était doté de bons et nombreux hydravions. Inversement, les ricains faisaient tout leur possible pour économiser des vies humaines et s’efforçaient de repêcher les pilotes abattus, d’où économie et aguerrissement de l’aéronavale.

 

La capitulation aurait été sans doute retardée de plus de 6 mois. Les U.S.A. y auraient laissé 100 000 morts de plus (pas de blessés ni de prisonniers, dans ce genre de batailles), mais le potentiel industriel américain aurait vite remplacé les pertes. Le Japon, lui, ne le pouvait plus.


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