COMPTE-RENDU DE FIN DE PARTIE

Les Diadoques - Table 636

Commentaires du GO, Stéphane Sevestre.

Je ne vais pas faire des commentaires très détaillés des opérations qui se sont déroulés tout le long de la partie, je laisse cette tâche à Philippe.

Tout d’abord, la partie rassemblait (dans l’ordre du classement final) Philippe DEVOUCOUX (Phrygie), Emmanuel SOULIE (Macédoine), Patrice HUMIERE (Cappadoce), Thierry VURPILLOT (Babylone), Alain DAVID (Egypte) et Rémi ZUANG (Thrace).

Jusqu’à l’élimination du Thrace la partie se décante, c’est surtout après que les événements se sont accélérés.

En effet, une attaque conjointe de Babylone et de l’Egypte sur la Cappadoce entraîne la création de 2 coalitions. La Phrygie, voisine de la Cappadoce et terrain obligatoire de passage après la fin de celle-ci, se voit obliger de soutenir la Cappadoce pour user les "sudistes" avant qu’ils ne soient en mesure de l’attaquer. La capitale d’un joueur rapporte 30 ducats à son propriétaire légitime contre 10 (cité majeure) à un envahisseur. De ce fait, le phrygien avait avantage à laisser un cappadocien près de chez lui sachant que de toute façon, l’essentiel de ses revenus, le cappadocien le dépensait à entretenir des armées menées contre la coalition Egypte - Babylone.

La Macédoine quant à elle pouvait choisir entre prendre des risques (la Phrygie pouvait l’attaquer contrairement à l’Egypte et Babylone) et grappiller (la fin du Thrace et sa situation géographique lui permettaient de prospérer sans entrer en conflit directement avec une autre puissance). Elle choisit la seconde alternative. Lorsqu’elle s’est retrouvée en contact avec les 2 partis, son alliance avec la Phrygie (mise en place pour des partages de territoires) était assez rodée pour ne pas la poursuivre plus avant. En bref, à lui le rôle ingrat de vautour, celui qui n’auréole pas ses actions de panache mais également celui de DAUPHIN. Sobriété, efficacité, le tout effectué en retrait.

Sur les choix tactiques, la différence entre l’Egypte et la Phrygie est très grande. Rapidement, l’Egypte perd de vue son but véritable : attaquer la Phrygie (la composante la plus forte du parti adverse) et a dépensé une grosse partie de ses revenus contre la Cappadoce en pensant qu’il fallait détruire en premier cette dynastie pour s’ouvrir les portes de la Phrygie. Je crois pour ma part qu’attaquer directement la Phrygie, via des corruptions, aurait été plus salutaire. La Cappadoce serait alors tombée comme un fruit mûr. La Phrygie quant à elle, après avoir verrouillé au sud avec le cappadocien, a contourné par la mer le front stabilisé. En cela, elle attaquait directement l’Egypte. Son action était simple : corrompre les armées égyptiennes aux seules fins de traquer et finalement tuer le diadoque puis l’épigone égyptiens. Quoi qu’il en soit, Alain et Philippe se sont révélés être les 2 grands stratèges de cette partie.

Pour en revenir aux corruptions, j’ai été surpris du dédain collectif pour les contre-corruptions surtout que contrairement à des jeux comme Macchiavelli, on n’est pas obligé de spécifier l’unité que l’on souhaite protéger. Pour prolonger le parallèle avec Macchiavelli, le diadoque puis l’épigone se révèlent être les cités (ambulantes) de la province d’origine de Macchiavelli, c’est-à-dire, la faiblesse de chaque puissance. Par contre, le hasard plus alambiqué dans Les Diadoques est également beaucoup moins important.

Pour le rôle de la Cappadoce et de Babylone, je ne vais pas m’étendre tant ces deux puissances ont été mineures tout au long de la partie, se comportant en plus ou moins vassaux mais toujours loyaux respectivement de la Phrygie et de l’Egypte. Une distinction cependant pour Patrice qui a su rester mobiliser et motiver jusqu’à la fin où ô surprise, ce n’était pas la sienne mais celle de la partie (histoire d’une renaissance). Et pour "décorer" tout le monde, LA médaille de l’attachement fanatique à son suzerain pour Thierry qui se suicide après la mort d’Alain.

C’est avec grand plaisir que j'ai géoté cette table même si le plaisir revient surtout aux joueurs qu’au jeu en lui-même. En effet, des joueurs qui vous renseignent sur les décisions pour lesquelles ils ont opté se sont des joueurs qui se rappellent qu’un GO est aussi un joueur. Pour le jeu, il est intéressant mais à mon goût fortement desservi par une règle rédhibitoire (volume + accès).

 

 

Commentaires du gagnant, Philippe Devoucoux.

 

Satrape de Phrygie, j’incarne le célèbre borgne Antigone. Voilà plutôt une bonne position, mais je l’ai enlevée au prix d’une enchère coûteuse en prestige (élément déterminant la victoire), désavantage que je ne partage qu’avec la Macédoine et Babylone.

Côté avantage, j’occupe une position centrale dans une région riche et j’ai 2 cités majeures (revenu et prestige élevés) à portée (à la différence de Thrace et de Babylone par exemple). Côté inconvénients, je suis très proche de la Cappadoce (nos capitales sont séparées par 1 région). De plus, les membres de la famille royale (qui rapportent du prestige) sont loin de moi, Philippe III et Euridice à Athènes et Olympias à Delphes (chez le macédonien), Roxanne et Alexandre IV à Panticapée (près du thrace) et Cléopâtre à Rhodes (près de l’égyptien).

Un raid éclair sur mon voisin n’aurait que très peu de chance de réussir et je prendrais du retard sur les conquêtes. Je lui propose donc un accord de principe, aussitôt accepté. La lutte va donc se situer avec le thrace qui tentera certainement de me disputer une cité majeure.

Année -321.

Débuts sans difficultés, je m’empare d’une cité majeure et de 2 mineures (meilleure revenu + 1 trésor) et je prends Hellespont pour empêcher le débarquement thrace. Mais celui-ci contourne par la mer et met le pied en Asie Mineure en prenant Milet. Il m’écrit pour proposer un échange intéressant : Milet contre 2 cités mineures ; puis il repousse l’échange et suggère une attaque de la Macédoine. Je ne lui fais guère confiance après ce retard et effectivement, il trahit en s’implantant à Milet.

Certains ont déjà pris du retard dans les conquêtes et donc dans les revenus : le cappadocien n’a pas de cité majeure, l’égyptien s’écarte de Cyrène.

Année - 320.

Le printemps -320 est un tournant crucial dans les choix stratégiques: Babylone et l’Egypte foncent sur la Cappadoce, la Macédoine et moi-même sur la Thrace.

Je mène l’assaut avec succès en Asie Mineure, m’empare de Milet et met à mort le Diadoque thrace (l’épigone apparaît mais sans le bonus de combat), tandis que le macédonien, prévenu, avance sur la capitale thrace.

La coalition Egypte - Babylone contre le cappadocien m’inquiète plus car s'ils réussissent :

1. Ils réalisent de gros gains

2. Ils peuvent tenir facilement la position

3. Je me retrouve seul au milieu.

Année -319.

J’apporte donc mon soutien sans réserve au cappadocien, tentant ainsi de former une coalition de 3 (Macédoine-Cappadoce-Phrygie) contre Babylone et Egypte.

Ces derniers ont décidé de forcer le verrou de Commagène contre la Cappadoce et massent leurs troupes là-bas. Je décide de frapper très fort en créant un second front sur l’égyptien : avec mes réserves et l’aide financière du cappadocien, je corromps la flotte égyptienne en Mer Rhodienne, m’empare de la belle Cléopâtre fraîchement épousée, de Rhodes et surtout du Diadoque égyptien (mari de la belle) que je décapite aussitôt.

Pendant ce temps, le macédonien prend la capitale thrace et massacre l’épigone encore présent, ce qui met un terme à la dynastie thrace. Nous nous mettons d’accord sur un partage des ressources : à lui Lysimachia et Panticapée, à moi Byzance et les personnages royaux.

Malgré peu d’armées, le cappadocien résiste très bien à la coalition adverse et je lui dépêche des renforts.

Année -318.

L'Egypte parvient à son tour à tuer le Diadoque du cappadocien mais celui-ci réussi à résister et même, ô miracle, déborde Babylone sur ses arrières et lui prend Parsagadès!

Le macédonien, aux prises avec des révoltes est gêné dans sa progression mais détache une flotte au sud en soutien contre l’Egypte.

Quant à moi, je renforce les soutiens au cappadocien et je pousse mon avantage jusque devant la capitale d’un égyptien désorganisé qui ne crée pas ce qu’il faut.

 

Année -317.

La coalition Egypte - Babylone est maintenant au plus mal mais pas sans ressources (notamment financières). Toutefois, ils semblent avoir perdu espoir. Leur effort principal au centre s’est enlisé (malgré surnombre et corruptions) alors qu’ils étaient chacun pris à revers.

De notre côté nous essayons de porter le coup de grâce en prenant les capitales et en capturant les dirigeants. Pour l’Egypte, seule une corruption massive de mon armée peut le sauver. Mais je dispose d’un très gros trésor (63 talents) et place une contre-corruption insurmontable (32 talents). Dès lors, je réalise le siège d’Alexandrie et, les voies de retraite étant coupées, j’envoie ad patres son épigone. La dynastie égyptienne s’éteint et nous nous la partageons. Pour Babylone nous décidons d’éviter toute surprise (l’Egypte aurait pu lui donner son trésor) et le cappadocien place une double corruption (je participe cette fois financièrement) qui réussie : le Diadoque babylonien est égorgé par ses propres troupes.

La Cappadoce prend possession du croissant mésopotamien et dans un dernier acte de bravoure l’épigone babylonien se suicide au combat.

Un nouveau partage de l’empire d’Alexandre Le Grand se dessine enfin, la Méditerranée Orientale désormais divisée entre 3 dynasties toujours en paix.

On notera la performance du macédonien (Emmanuel SOULIE) et du cappadocien (Patrice HUMIERE) qui ont tenu l’alliance jusqu’au bout sans chercher à faire cavalier seul. Ceci est d’autant plus marquant que c’est devenu rare.

Un remerciement aussi tout spécial à Stéphane SEVESTRE, notre go, qui a su surmonter les difficultés et résoudre les coups rapidement en faisant vivre la partie avec humour et clairvoyance. C’est toujours très agréable.

Précisions sur les Diadoques

a) Pour les connaisseurs.

La version transludiste intègre les particularités suivantes : sièges accélérés en 1 tour, répartition aléatoire des personnages sur 1 liste de cités, créations possibles à tous les tours mais une seule unité créée par espace, 1 transfert de capitale possible dans certains cas, ordres conditionnels possibles pour des phases antérieures du tour, revenus améliorés, enchères pour la répartition initiale, événements modifiés et adaptés.

En résumé : un jeu plus rapide et plus équilibré (mis à part les enchères et toujours la position thrace).

 

b) Pour les autres.

Un jeu à découvrir si vous aimez la négociation un peu, le calcul pas mal et la tactique beaucoup. Des ordres très simples à rédiger mais beaucoup de réflexion.



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