BRITANNIA ET SES CONQUÉRANTS

1er VOLET : LES ANGOISSES DE MAXIMIEN HERCULE

(Interview de Mme Britannia - article paru pour la 1ère fois dans feu le fanzine "Vortigern")

Chère et honorable Britannia (on est poli : on ne dit pas "perfide Albion" !), chacun sait combien il est difficile de vous aborder; nombreux sont les ambitieux qui ont rêvé de vous grimper dessus: Philippe II d"Espagne, Louis XIV, Napoléon, Hitler ...maïs la solidité de votre gouvernement et la fureur des mers qui vous entourent vous ont toujours protégé.

BRITANNIA : C'est vrai. Ce n'était que lorsque j'était divisée en multiples factions que je constituais une proie facile,. du 5° au 10° siècle de notre ère.

Et Jules césar ?

BRITANNIA : Oh. César .. "A cette époque la Bretagne n'équipait pas un vaisseau pour la guerre navale et la puissance romaine qui s'était depuis longtemps déjà exercée dans les guerres contre Carthage et contre l'Asie, récemment même dans la lute contre Mithridate, était forte d'une expérience acquise aussi bien sur mer que sur terre. En outre, ce peuple encore primitif était habitué seulement à combattre les Pict.es et les Hibernes encore à demi-nus : il céda aisément devant les armes et les enseignes romaines, si bien que César, dans cette expédition, ne dut guère s'enorgueillir que d'avoir traversé l'Océan." (I) ... Mais m'envahir lorsqu'un pouvoir cohérent m'habite, c'est presque impossible... Et les deux seules réussites sont déjà bien lointaines...

Ah oui ... Guillaume le Conquérant, la tapisserie de la reine Mathilde… Mais quel est l'autre expédition ?

BRITANNIA : C'est une bien vieille histoire !... Vers la fin du 3° siècle. alors que l 'EMPIRE ROMAIN se relève lentement d'une longue période de guerres civiles et étrangères, l'ère des "TRENTE TYRANS" (258- 280), les côtes de Belgique et d'Armorique subissent les incursions des PIRATES FRANCS ET SAXONS. Le Ménapien (région des Flandres) M.Aurélius Valérius CARAUSIUS fut préposé par l'empereur Carin à la garde de ces côtes. En 286 MAXIMIEN (qui vient d'être associé à la direction de l'Empire par l'Empereur DIOClETION le confirma dans son poste d'amiral de la flotte basée à Gesoriacum (Boulogne).

DIOCLETIEN, empereur de 284 à 305. Au revers, Jupiter "conservateur" (de l'Empire), qui tendait à devenir le dieu unique (la concurrence était rude en ce domaine, à l'époque : Le soleil, Mithra, Isis, Jésus...).

centre l'emblème de la force romaine : une porte de camp militaire avec l'inscription "vic-toire sur les Sarmates"

Le co-empereur Maximien, associé à Hercule comme Dioclétien l'était à Zeus (ce qui marque bien le lien hiérarchique !). Au revers : "au génie du peuple romain"

Carausius était un général capable... Mais ambitieux. Pourtant. aucun des usurpateurs de la période précédente n'a pu profiter bien longtemps du pouvoir (le record ayant été établi par POSTUMUS, "empereur des Gaules" : 10 ans !... Tandis que MARIUS n'était empereur que 3 jours)... Mais comme il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, en 287, Carausius s'empara de moi (oh !). Voici comment l'affaire fut résumée à MAXIMIEN par le rhéteur Mamertin à Trèves, au printemps 289 :

"Mais lors de ce criminel brigandage, le pirate commença par emmener dans sa fuite la flotte qui jadis protégeait les Gaules, puis il construisit une multitude de navires sur le modèle des nôtres, se rendit maître d'une légion romaine, cerna quelques détachements de soldats étrangers, rassembla et enrôla les commerçants gaulois, par l'espérance des dépouilles de ces provinces mêmes s'assura de redoutables hordes de barbares : et lorsque toutes ces forces se furent entraînées aux manœuvres nautiques sous la direction de ceux qui avait poussé à cette honteuse trahison, tandis que vos armées, malgré leur invincible courage, étaient novices en matière de guerre navale, sous sûmes que le plus misérable des actes de piraterie avait pris les proportion d'une guerre périlleuse et gigantesque, quelle que fût d'ailleurs notre confiance en son issue." (ça vous rappelle pas les actualités radiophoniques d'avant guerre… comme quoi on descend bien des gaulois !)

A droite : Monnaie de Carausius (287 -293) : "à la vertu de Carausius. La romanité rénovée au revers, avec le symbole de Rome… Comme les autres usurpateurs, Carausius ne rompais pas avec l'idéal romain.

Ce problème fut évoqué lors de la conférence au sommet (inter-empereur !) de Milan en 288. En effet, l'affaire était d'importance : non seulement l'officier dissident avait "détourné à son profit les confiscations opérées sur les pirates, groupé autour de lui d'importantes forces navales et terrestres, et constitué dans l'île de Bretagne. une. puissance indépendant", mais il conservait sur le continent le port de Boulogne, et il avait des alliés parmi les tribus franques, "nation barbare et trompeuse et perfide" au dire des romains (bref, ils étaient tout sauf francs !...).

Comment l'Imperium a-t-il réagi ?

BRIT. : Toute opération contre l'usurpateur nécessitait la maîtrise des côtes du continent aussi, à l'été ou l'automne 288, une expédition fut envoyée contre les francs qui s'étaient introduits en Gaule. Ces derniers furent battus, repoussés, et finalement taillés en pièces sur le rivage "où déjà les va-et-vient des flots a absorbé le sang des ennemis".

Et ensuite, comment s'est déroulé ,le débarquement ?

BRIT. : Doucement ! Auparavant, il fallait reconstruire une flotte. Commencée à la fin de l'automne sur tous les fleuves menant à la mer du Nord ou à la Manche, cette fleuve fut mise à l'eau au printemps 289. Les romains étaient certains de l' issue, tant les dieux météorologiques avaient été favorables jusque là, ainsi que le rappelle Mamertin dans son discours à l'Empereur :

"Tu as fait construire et équiper les plus belles flottes, destinées à gagner l'océan par tous les fleuves à la fois. Et l'on n'a pas vu seulement les ouvriers rivaliser d'ardeur pour les achever, mas les fleuves encore grossir soudain leurs eaux pour les recevoir (jusque là. une longue période de sécheresse avait rendu les cours d'eau peu navigables). Durant presque toute l'année, empereur, où tu avais besoin du beau temps pour construire les navires, pour débiter les pièces de bois… il n'y eut pour ainsi dire pas un jour qui fût assombri par la pluie. L'hiver même affecta une douceur printanière… Mais voici que soudain, au moment où il fallait lancer les navires légers, la terra a, pour toi, fait sourdre des fontaines abondantes, Jupiter a, pour toi, reflué dans le lit des fleuves sur toute leur longueur. Ainsi les navires se sont élancés sur les eaux qui d'elles mêmes se glissaient sous eux, mis en branle par une légère impulsion des équipages qui, pour ces heureux débuts, n'avaient qu'à entonner le chant des bateliers plutôt qu'à déployer leurs efforts; Aussi, empereur, est-il aisé de comprendre quels heureux succès seront ton partage dans cette expédition maritime, puisque tu jouis… des faveurs de la température."

Voilà donc une affaire rondement menée.

BRIT. : Eh là, pas si vite !... Vous oubliez que mes rivages sont ceints de mers qui, elles, méritent bien (pour les autres) le surnom de perfide : l'entreprise fut, par la faute des éléments, proprement désastreuse... Carausius arriva même à sa maintenir à Boulogne sur Mer!.. "Notre âme était ulcérée (à cette heure enfin nous l'avouons) par cet affront unique infligé à un pareil empire et il nous paraissait d'autant plus intolérable qu'il était seul à faire obstacle à notre gloire".

Ce panégyrique date de 297... Celui de Mamertin de 291 et fut extrêmement discret au sujet de cette tâche sur la gloire de Maximien Hercule (en 287, le culte de l'empereur Dioclétien fut associé à JUPITER, et celui de son collègue Maximien à HERCULE ... C'est à dire un cran au dessous). Donc, Dioclétien et Maximien avaient beau être furax, ils furent bien obligés de tolérer Carausius... Du moins quelques temps.

Et que devint de "1er royaume d'Angleterre" ?

BRIT. : Et bien Carausius, sa bien position bien assise, fit battre monnaie à son nom ... Il en émit même à Rouen, ce qui semble montrer qu'il contrôlait cette partie de la Gaule. Il vécut quelques années tranquilles, tandis que l'Empire ruminait sa vengeance. .

L'île était donc si importante pour le pouvoir romain ?

BRIT. : D'abord, elle n'était pas dénuée d'importance économique cette "terre si féconde en céréales de toute espèce, si riche par le nombre de ses pâturages, si abondante en veines métalliques, si fructueuse par les impôts qu'elle payait, si bien pourvue de ports, si vaste de pourtour". Ensuite, après tant d'années de troubles, ce dangereux exemple "pouvait se propager et porter la flamme aussi loin que s'étendent les terres que baignent l'océan tout entier et les eaux des golfes méditerranéens… A notre esprit revenait en effet l'audace incroyable et l'indigne succès d'un petit nombre de prisonniers francs qui, sous le divin Probus, partirent du Pont-Euxin sur des navires qu'ils avaient capturés (cette colonie franque établie par Probus après sa reconquête de la Gaule sur les barbares eu probablement, vers 280, la nostalgie du terroir), ravagèrent la Grèce et l'Asie, abordèrent, on sans y causer des dommages sur presque tous les points de la côte de Libye, s'emparèrent enfin de la ville Syracuse… et, après avoir accompli un immense voyage, pénétrèrent dans l'Océan… prouvant ainsi par la réussite de leur téméraire entreprise que nulle contrée n'est à l'abri des fureurs des pirates quand un navire y peut accéder." (Kèk part, y z'ont vengé Vercingétorix, non ?)

Et qu'est-ce qui relança l'entreprise ?

BRIT. : La nomination de CONSTANCE (le père de Constantin le Grand) comme César (= "sous-empereur") de Maximien à la tête du gouvernement des Gaules. le 1° mars 293. Pendant ce temps, dans l'île, Carausius découvrait qu'ALLECTUS -le chef de son administration financière - s'en mettait plein les poches. Il n'eut pas le temps de lui infliger un juste châtiment : Allectus le tua avant !... Ainsi fut il vérifié que tous les usurpateurs périssent par ce qui les a porté au trône : le glaive. Ceci n'émut pas Allectus qui revêtit aussitôt la pourpre et se mit à battre monnaie. C'était une chance pour Constance car Allectus n'était pas aussi habile que son prédécesseur. Néanmoins il était bien retranché, et l'affaire se présentait comme particulièrement difficile.

Pour commencer, il a du virer les barbares des côtes, comme l'avait fait Maximin lors de la 1ère campagne ?

BRIT. : Non, il jugea d'abord préférable de priver l'Usurpateur de son principal point d'appui sur le continent : Boulogne. Là. Constance se montra le prédécesseur du grand Richelieu.

PROCHAIN ÉPISODE : LA REVANCHE DE L'IMPERIUM

LA PERIODE DES "TRENTE TYRANS"

Cette période trouble vit l'apparition, aux 4 coins de l'Empire, d'une génération spontanée d'usurpateurs, dont une dizaine frappèrent monnaie. 1Le plus fameux fut Postumus, qui régna sur la Bretagne, la Gaule et l' Espagne. Ses monnaies, de grande qualité, montrent la richesse de la Gaule avant la dramatique invasion barbare de 276. Il fut un grand général, vainquit constamment l'Empereur, les barbares... et les autres candidats usurpateurs pendant 10 ans. Il mourut, avec classe, tué par ses soldats pour leur avoir refusé de les laisser mettre à sac Mayence (qui avait appuyé un compétiteur). Il ne créa pas un' Empire "Gaulois". Il estimait qu'il pouvait très bien y avoir plusieurs empereurs pour diriger l'Imperium, ce qui permettrait de mieux défendre l'Empire contre l'Extérieur... un précurseur de la tétrarchie, en quelque sorte !

Regardez bien ces monnaies de Postume. A droite du portrait de face (exceptionnel dans l'antiquité), on voit Hercule domptant les chevaux de Diomède, et sur la suivante on voit les attributs du demi dieu : la peau du Lion de Némée, l'arc, le carquois et la massue : avant Maximien, Postumus s'identifiait déjà à Hercule (Héros bien adapté à ces temps de fer). A droite. Postumus relève la Gaule qui lui offre un rameau ; on lit "Restitutor" des Gaules (rien que ça!). Comme tous les empereurs du 3ème siècle, il porte la couronne radiée = rayons du soleil (par "symétrie", l'impératrice était coiffée d'un croissant de lune).

L'usurpateur le plus fugace fut M.Aurelius MARIUS, un ancien forgeron devenu officier. Il prit le pouvoir à la mort de Postumus, à Mayence. Il fut. Tué… 3 jours après. L'assassin lui aurait dit "c'est une épée que tu as fabriquée ! ( a dû apprécier…). En l'absence du portrait du nouvel empereur Probus (qui rétablit la culture de la vigne en Gaule - gloire à son nom !), les ouvriers continuèrent à frapper monnaie au nom de Marius pendant quelques mois. Au revers, on peut lire "concorde des armées" (l'humour romain !…).



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