HISTOIRE DES BATAILLES

LES GUERRES MEDIQUES

(articledéjà publié dans le n° 37, mais prélude à un retour de la série)

 

Avant-propos par Jean-Pierre BROECKAERT

 

 

 

 

Au début du VI ème siècle avant JC., les Perses occupaient un territoire entourant la ville de Suse, juste à l'Est de ce que nous avons encore l'habitude d'appeler le golfe Persique. Cyrus submergea les Mèdes, qui vivaient au Nord de son royaume, puis, avant qu'aucune grande alliance puisse se former contre lui, il tourna les yeux vers l'Ouest, vers le royaume Lydien d'Asie Mineure. Il soumit Crésus, le souverain de Lydie, et prit Sardes, sa capitale. On pourrait appliquer au roi Crésus la qualification d'"Hélénophile parfait". Il suivait les règles d'une coexistence non seulement pacifique mais chaleureuse avec les cités grecques du bassin oriental de la mer Egée, un territoire certes soumis à son autorité, mais il entretenait les mêmes rapports cordiaux avec les cités de Grèce continentales. On imagine donc avec quelle détresse la plupart des Grecs virent tomber le roi de Lydie. D'autre part, l'idéal grec de liberté, voulant le maintien de petites cités-Etats indépendantes, impliquait qu'un jour ou l'autre l'affrontement deviendrait inévitable si quelque empire puissant venait à mettre sous sa coupe la péninsule d'Asie Mineure.

 

Cyrus divisa son empire en provinces placées sous l'administration de gouverneurs, les fameux "satrapes" un mot perse dont nous avons hérité sous sa forme grecque. Cyrus fit achever la soumission du littoral égéen par son général Harpagus, alors que lui-même repartait vers l'est pour prendre Babylone - c'est la bataille dont parle l'Ancien Testament - mais il allait trouver la mort dans une guerre obscure parmi les tribus du Nord. Son fils, Cambyse, montrait quelques signes d'instabilité mentale mais n'en ajouta pas moins l'Egypte à l'Empire et, après un interlude où le pouvoir passa aux mains d'un usurpateur, le trône impérial revint à Darius, un autre rejeton de la famille royale (les Achéménides).

 

Darius tombe malade

 

Darius organisa l'Empire en vingt "satrapies" et résolut d'étendre son pouvoir jusqu'en Europe du sud-est. De fait, il allait conduire ses armées jusqu'au-delà du Bosphore et même jusqu'au-delà du Danube ! Pendant sa dernière campagne contre les Scythes, l'empereur tomba malade. L'armée Perse n'eut sans doute pas échappé à l'encerclement et au massacre sans la loyauté du contingent de Grecs d'Ionie qui combattaient pour Darius et gardaient la tête de pont sur le Danube. Darius et les Grecs ioniens tirèrent des conclusions erronées de cette campagne. Darius en conclut qu'à l'avenir il pourrait toujours compter sur la fidélité inébranlable des Grecs ioniens et les Grecs ioniens, qui avaient vu les Perses se faire étriller par les Scythes, en conclurent que le jour était proche où eux-mêmes pourraient, sans risque de châtiment et avec de raisonnables chances de victoire, se révolter contre leur maître perse.

De Millet, la plus grande ville des Ioniens, une ambassade vint en Grèce continentale faire la tournée des compatriotes installés dans les divers Etats grecs et solliciter une aide militaire. Les Spartiates, prudents diplomates, après quelques hésitations refusèrent. Les Athéniens, impulsifs, apportèrent une contribution de vingt navires à la cause de l'indépendance pour leurs frères d'Orient. Quant à la ville d'Erétrie, sur la grande île d'Eubée, elle envoya cinq navires.

 

Au début, la rébellion des Ioniens connut le succès. Les Grecs marchèrent vers l'intérieur, ravagèrent Sardes, l'ancienne capitale de Crésus devenue résidence d'un satrape. Mais les représailles ne se firent point attendre. La flotte grecque fut mise en pièces à la bataille de Lade, en 494 avant JC. Millet fut détruite par les Perses, ses habitants massacrés ou emmenés en esclavage. Les Athéniens accueillirent la nouvelle avec effroi. Ils soupçonnaient - et ils n'avaient pas tort - qu'il fallait s'attendre à pire. Darius, qui n'avait pas oublié les navires mis à la disposition des Ioniens, préparait en effet une expédition punitive contre la Grèce continentale. Son armada, aux ordres de son propre gendre, fit voile en 492 avant JC., serrant au plus près le littoral Nord de la mer Egée (Sur la Méditerranée, dans l'Antiquité, les capitaines préféraient, quand c'était possible, ne pas perdre la côte de vue). Mais une tempête endommagea gravement la flotte perse au large du promontoire formé par le mont Athos, de sorte que Darius fut contraint à une nouvelle tentative.

Une opération dissuasive

 

Une autre flotte partit donc, avec d'autres chefs, et par l'itinéraire de Naxos traversa l'Egée centrale. Erétrie, la plus faible des deux villes à châtier, fut prise en un rien de temps et rasée. Puis, les Perses débarquèrent sur la côte Nord-Ouest de l'Attique, dans la plaine de Marathon, d'où une route, contournant le mont Pentelicus par le Sud, menait droit à Athènes. Mais une armée athénienne vint s'opposer au débarquement et, au terme d'une glorieuse bataille, mit les Perses en déroute sur la plaine même. Ceux des Perses qui avaient survécu ou n'avaient pas été engagé reprirent la mer, contournèrent le cap Sounion dans le but d'attaquer Athènes en venant du golfe Saronique. Mais l'armée athénienne victorieuse revint à toute allure de Marathon et elle était là, prête à la lutte, lorsqu'arrivèrent les Perses. Ceux-ci trouvèrent plus judicieux de ne pas tenter un deuxième débarquement...

Xerxès mène

une expédition punitive

 

Lorsqu'il mourut, en 486 avant JC., Darius avait mis le point final à sa vengeance contre Erétrie, mais pas à son courroux contre Athènes. Bien au contraire, dans l'optique des Perses, Athènes, qui avait aidé Erétrie, s'était chargée d'un nouveau crime. La faute demandait le châtiment et l'expédition punitive passa aux mains du fils et successeur de Darius, Xerxès. En 480 avant JC., dix ans après l'ultime campagne de son père, Xerxès passait l'Hellespont avec une armée dont l'effectif allait devenir légendaire et traversa la Thrace pour entrer en Grèce septentrionale.

 

Cinglant le long du littoral nord de la mer Egée, la-même où la marine de Darius avait été jadis décimée par la tempête, la flotte perse suivit un itinéraire parallèle à celui des forces terrestres. Mais avant de se mettre n marche, Xerxès avait fait percer un canal à l'endroit le plus étroit de la péninsule d'Athos ; un travail qui dura trois années. Son armada put donc éviter de doubler le cap, s'évitant ainsi bien des dangers.

 

A cette occasion, Sparte avait bien voulu se laisser convaincre de participer à l'effort de guerre qui unissait les autres Grecs. L'un de ses rois, à la tête d'un détachement délibérément sacrifié et avec l'aide de tous les alliés sur lesquels il put mettre la main, offrit aux Thermopyles une glorieuse résistance tandis que, par ailleurs, une flotte grecque livrait un combat de retardement contre la flotte perse au large d'Artémision, le cap le plus septentrional de l'Eubée. Mais les Perses balayèrent tout devant eux et furent bientôt maîtres du Nord de la Grèce.

On avait évacué la population d'Athènes sur l'île de Salamine et sur quelques côtes du voisinage. Les Perses entrèrent donc dans Athènes et brûlèrent la citadelle, massacrant les rares défenseurs. Mais c'est à Salamine que se joua, sur mer, la bataille décisive. L'armada perse fut mise en fuite, avec des pertes énormes, et Xerxès, craignant peut-être les répercussions de sa défaite parmi les peuples de l'Est, dut bien subir l'humiliation d'une retraite qui conduisit le plus gros de son armée vers l'Hellespont, tandis que le général Mardonius restait en Grèce avec d'autres forces terrestres pour achever la conquête. Toutefois, dès l'année suivante, Mardonius se fit écraser à Platées et les survivants partirent sur les

traces de Xerxès, en direction de l'Asie.

 

Alors qu'on se battait à Platées, le bassin oriental de la mer Egée se trouvait devant une situation nouvelle. Les navires de Xerxès ayant échappé à l'hécatombe furent tirés à la côte à Mycale, sur le continent asiatique, et entourés d'un rempart, alors que les Grecs, dont la flotte avait suivi le mouvement à distance respectueuse, s'installaient sur la côte de Samos et regardaient faire l'ennemi. Mais ils prirent enfin courage, franchirent le détroit qui les séparait du continent, détruisirent à la fois le camp et la flotte des Perses. On peut supposer, sans grand risque d'erreur, que la victoire de Platées avait fait des merveilles pour le moral des troupes. Hérodote dit que les batailles de Platées et de Mycale eurent lieu le même jour mais, peut-être faut-il, sur ce plan, nous garder de le prendre trop à la lettre.

 

Mycale annonçait un autre triomphe des Grecs, cette fois sur les berges du fleuve Eurymedon, dans le Sud de l'Asie Mineure. Mais le Dieu Mars leur fit quand même grise mine quand fit long feu une expédition lancée pour aider une rébellion égyptienne contre le pouvoir perse. Il fallut attendre 449 avant JC. pour qu'il soit possible de conclure un accord par lequel la Perse reconnaissait l'indépendance des cités grecques dans le bassin oriental de la mer Egée.

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